lundi 26 novembre 2012

Sport de contact

Sport de contact
Article paru dans l'édition du 14.01.12
A Caen, l'association Cap'Sport travaille avec des sans-abri ou des handicapés mentaux. Pas pour en faire des champions, mais pour créer du lien social

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Caen, le gymnase du Sacré-Coeur porte bien son nom. Car malgré le froid hivernal qui règne aux abords de l'avenue Sainte-Thérèse, c'est bel et bien la chaleur humaine qui émane de la salle de sports.
A l'intérieur, une scène rare se joue : une vingtaine de personnes sans-abri ou handicapées mentales ou psychiques se donnent la réplique à coups de raquettes et de petite balle blanche dans une pièce de théâtre écrite et mise en scène par l'association Cap'Sport. Au programme, deux heures de tennis de table suivies d'un tournoi de futsal, le tout entrecoupé d'un entracte.
Contrairement aux idées reçues, sans-abri et handicapés se mélangent de bon gré dans une ambiance qui laisserait pantois plus d'un club traditionnel. Seuls l'impact des balles contre les raquettes et les cris d'encouragements résonnent dans une salle qui se réchauffe à mesure que la transpiration perle sur le front des participants. Les membres de l'association sont appliqués et très réceptifs aux recommandations des « Casimirs du sport », surnom donné aux médiateurs sociosportifs de Cap'Sport en raison de la couleur orange de leurs tenues.
Les « Casimirs » s'adressent de la même façon - sur le même ton et avec la même fermeté - à tous leurs interlocuteurs. « Ça fait du bien d'être considéré comme n'importe qui de n'importe quel club de sport de la région. Ici, le regard ne change pas en fonction de nos situations. C'est positif, ça nous aide », assure Pierre-Yves, 26 ans, atteint de schizophrénie.
Les participants ayant, eux, une préférence pour les survêtements bleus, c'est une marée de « Schtroumpfs » qui, toutes les demi-heures, s'agglutine autour des « Casimirs » pour le changement d'exercice. Impossible de distinguer les sans-abri des handicapés, la majorité des matches mettant en jeu les uns face aux autres.
« Cap'Sport, c'est un peu comme l'arche de Noé. Nous mélangeons des publics différents qui n'ont pas l'habitude de se côtoyer », explique Philippe Fourrier, le coordinateur général de Cap'Sport. Créée en 2008 et revendiquant aujourd'hui 18 salariés pour 470 000 euros de budget prévisionnel en 2012, l'association mise sur la confiance et le respect qu'elle développe auprès de ses adhérents. Pas si facile quand on opère auprès de populations souvent mises au ban de la société : les sans-abri, les handicapés mentaux et les enfants des « zones sensibles et défavorisées ».
Alors, pour prouver sa bonne foi, l'association offre à ses membres - si l'assiduité aux activités le justifie - le kit intégral du parfait petit sportif : sac de sport, chaussures et survêtement aux couleurs de l'association. Certains ont revêtu l'ancien modèle, d'autres le nouveau. D'où la tendance bleutée des tenues des participants.
Et cette politique fonctionne. « En trois ans d'existence, on ne nous a même pas volé une balle de ping-pong. Si ! Une fois, un BMX a disparu... 48 heures ! s'amuse Philippe Fourrier. Nous sommes fermes sans être dirigistes. Nous voulons faire prendre conscience à nos adhérents qu'ils ne sont pas délaissés. Et pour cela, c'est le lien social que nous créons avec eux qui est déterminant. »
Et du lien, Cap'Sport a réussi à en tisser. Pour preuve, la séance de tennis de table se clôt sur un match en guise de finale entre deux sans-abri dont l'arbitre n'est autre... qu'un handicapé psychique ! Fièrement, il attribue les points sans se laisser distraire, faisant face aux contestations malicieuses des deux joueurs. « Il tient la baraque ! », lâche Mathieu Chaufray, un des « Casimirs » de la journée. Les autres participants se sont attroupés autour de la table centrale et y vont de leurs encouragements. Et en termes de volume sonore, les membres de Cap' Sport n'ont rien à envier à qui que ce soit.
Le match se termine sous les hourras d'un public chauffé à blanc, sans que quiconque ait idée du vainqueur ! Le résultat passe au second plan. « Le plus important, ce n'est pas le vainqueur, c'est de se retrouver tous ensemble », précise Eric, locataire au village de La Cotonnière, un centre d'hébergement d'urgence pour sans-abri.
Et c'est d'ailleurs tous ensemble, tel un seul homme, que le groupe se rue sur le mini-buffet mis en place par Cap'Sport. L'adage est bien connu : après l'effort... place au goûter ! Après deux heures de dur labeur, quatre-quarts et cafés sont à leur tour éprouvés.
C'est le moment où les discussions reprennent leurs cours et où les affinités se font et se défont. Brigitte, 45 ans, une des deux seules femmes de la journée et résidente à La Cotonnière, participe pour la première fois à ce genre d'activité. En discutant autour d'une tasse de café, elle découvre ce qu'il est impossible de deviner : « Il y avait des handicapés ? Je ne le savais pas et je ne m'en suis même pas rendu compte quand je jouais. »
Elle déplore le faible nombre de femmes mais assure qu'elle reviendra. Elle ne prend pas part à la séance de futsal mais reste encourager ceux qu'elle vient de rencontrer. Le lien a été créé. Mission accomplie. Qui a dit qu'il fallait diviser pour mieux régner ? Pas Philippe Fourier. Même s'il tempère : « On ne va pas changer le monde. Leurs vies ne seront pas changées radicalement. » Soit. Elles ne seront - juste - plus tout à fait les mêmes. Et c'est déjà beaucoup.
Alexandre Ferret

Meetings : handicapés s'abstenir

HANDICAP
Meetings : handicapés s'abstenir
Article paru dans l'édition du 10.03.12
Quelques aménagements mineurs suffiraient à rendre les réunions politiques accessibles à tous

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out le monde vote, y compris les handicapés. Mais tout le monde ne peut pas participer aux meetings. Les réunions de quartier, conférences thématiques ou séminaires qui ponctuent une campagne électorale sont rarement accessibles à tous : sourds, aveugles, personnes se déplaçant difficilement ou souffrant d'un handicap psychique (la claustrophobie, par exemple). La loi de 2005 relative au handicap fait pourtant de cette accessibilité un objectif.
« On pense parfois à installer des ascenseurs et des rampes pour les fauteuils roulants, mais on veille rarement à ce que chacun puisse comprendre ce qui se passe à l'intérieur de la salle », constate Jérémie Boroy, délégué général de l'association Aditus, qui a pour objet la promotion de l'accessibilité. Des câbles traînant sur le sol ou des marches non signalées entravent le passage, surtout dans l'obscurité. Les personnes en fauteuil sont parquées dans un coin, séparées de leurs proches. Les discours s'affichent en sous-titrage sur des écrans géants, alors que la majorité des sourds de naissance, en situation d'illettrisme, ne comprennent que la langue des signes. « Le risque de frustration est important. Les handicapés finissent par se désintéresser des enjeux politiques alors qu'ils sont concernés », déplore M. Boroy, lui-même sourd de naissance.
Attitude bienveillante
Aditus profite de cette période électorale pour éditer un « mode d'emploi de l'accessibilité événementielle » d'une soixantaine de pages, qui concerne l'ensemble des événements publics, y compris les spectacles vivants. Avec le Troisième Pôle, une agence de communication travaillant pour le secteur public, l'association a imaginé trois niveaux d'accessibilité, impliquant différents types d'aménagement. Plusieurs candidats, notamment François Bayrou, François Hollande, Eva Joly et Corinne Lepage, se sont engagés à rendre leur campagne « accessible ». Mais pour l'heure, selon M. Boroy, seule l'équipe de M. Hollande a fait appel à une société spécialisée pour adapter ses meetings à tous les publics. Les partis aux budgets plus limités hésitent parfois à engager des dépenses significatives.
Pourtant, l'accessibilité n'implique pas forcément des coûts supplémentaires. Si les échelons les plus élevés définis par le « mode d'emploi » nécessitent effectivement une préparation et un budget, « le premier niveau ne coûte presque rien aux organisateurs », insiste M. Boroy. Il suffit parfois de développer une attitude bienveillante pour que l'accès à la réunion publique ne relève pas du parcours du combattant.
L'organisateur privilégiera une salle au rez-de-chaussée plutôt qu'au troisième étage, et garnira les cheminements destinés au public de bandes réfléchissantes. Les pictogrammes seront compréhensibles, colorés et disposés aux endroits où les personnes à mobilité réduite ne risquent pas de gêner le passage.
Ces installations peuvent profiter à tous, au-delà des 12 millions de personnes qui seraient affectées, en France, par un handicap. Leurs accompagnateurs, mais aussi le reste du public, peuvent bénéficier de ces aménagements spécifiques. « Signaler les obstacles ou travailler la signalétique répond aux besoins des malvoyants aussi bien qu'aux gens circulant avec une poussette ou ayant trop bu... », souligne Denis Leroy, directeur d'Argos Services, entreprise strasbourgeoise spécialisée dans l'accessibilité des bâtiments, de la voirie et des transports.
Dans les meetings, la formation des bénévoles chargés de l'accueil est prise au sérieux. Ils seront sensibilisés aux différents types de handicap et à un accueil « respectueux », utilisant « un discours clair, pas trop rapide et non condescendant », recommande Aditus.
Quelques explications permettent d'éviter les confusions embarrassantes, fréquentes si l'on en croit les handicapés. Ainsi, il est nécessaire de rappeler aux personnes ne souffrant d'aucun handicap que la plupart des aveugles entendent parfaitement et les sourds n'ont pas besoin d'une brochure en braille... « L'accessibilité, c'est aussi un apprentissage de la différence », résume Jean Tanchette, de Troisième Pôle.
Olivier Razemon

Les Maisons du handicap financièrement étranglées par l'Etat

Le Monde.fr |  • Mis à jour le 

L'Etat doit 34,3 millions d'euros aux Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). C'est la conclusion del'enquête sur les financements de l'Etat mené par l'association des directeurs de MDPH rendu le 16 octobre. A l'origine de cette dette qui menace la pérennité des services aux personnes handicapées, des non-compensations de postes. Résultat : l'Etat a été mis en demeure de paiement avant fin novembre, selon Le Parisien du 9 novembre. "En cas de non-versement, les structures de Paris et Seine-et-Marne déposeront un recours contre lui auprès du tribunal administratif", écrit le quotidien.
Créées le 1er janvier 2006 et placées sous l'égide des conseils généraux, ces Maisons du handicap ont été constituées dans chaque département pour servir de "guichet unique" auprès duquel les personnes handicapées peuvent faire valoir leurs droits. L'accord initial "engage l'Etat à prendre en charge les personnels des MDPH. Les fonctionnaires ont par ailleurs une possibilité de retour dans leur administration d'origine, l'Etat doit alors verser une compensation permettant l'embauche d'un remplaçant", explique Christine Dupré, directrice de la MDPH de Seine-et-Marne et membre de l'association des directeurs de MDPH de France. "Dans les faits, nous cumulons des postes vacants depuis le début de la mise en place de ce système. Des postes que nous tentons d'assurer afin de mener à bien nos missions. Nous faisons intervenir des vacataires alors que les versements de compensation ne correspondent pas aux montants prévus",note-t-elle.
INÉGALITÉS ENTRE DÉPARTEMENTS
Cette alerte n'est pas la première. Déjà, dans un rapport publié le 24 juin, les sénateurs Paul Blanc (UMP) et Annie Jarraud-Vergnolle (PS) mettaient en cause les dysfonctionnements du dispositif. Côté finances, les parlementaires soulignaient la"grande disparité des situations entre les départements", avec une part de l'Etat qui peut varier de 12 % à 67 %, amenant les conseils généraux à compenser le manque financier. Cela pose "la question de l'équité de traitement sur tout le territoire", selon M. Blanc. On remarque que la dette de l'Etat vis-à vis-de Paris se monte à plus de 1,2 million d'euros. La situation est encore plus difficile en Seine-Saint-Denis, où le montant atteint 1,8 million d'euros selon l'association des directeurs de MDPH. D'autres départements ne semblent pas touchés : le montant dû par l'Etat au département des Hauts-de-Seine est ainsi de 0 euro.
"A Paris, le département devrait budgéter 100 000 euros de subventions pour 2010" indique Véronique Dubarry, adjointe au maire de Paris chargée des personnes en situation de handicap et présidente de la MDPH de la capitale. Cette somme ne couvre pas le montant dû par l'Etat. Tous les départements français ne sont, en outre, pas en mesure de provisionner un tel montant. "Certains conseils généraux ont atteint leurs limites dans leur capacité à nous aider",s'inquiète Christine Dupré.
BESOIN D'UN INVESTISSEMENT LOCAL ET DE MOYENS
Parallèlement à la publication de son rapport, l'association des directeurs de MDPH a proposé au ministère du travail et de la solidarité un plan en dix recommandations pour résoudre la question du financement des Maisons du handicap. "Nous n'avons aujourd'hui reçu aucune réponse", s'inquiète Christine Dupré.
Le 4 novembre, le ministre Xavier Darcos et Nadine Morano, sa secrétaire d'Etat chargée de la famille et de la solidarité, ont présenté en conseil des ministres un décret créant le comité interministériel du handicap chargé "de tenir les engagements pris par le président de la République lors de la conférence nationale du handicap et de concrétiser les objectifs de la loi du 11 février 2005 d'assurer la pleine citoyenneté aux personnes en situation de handicap". " Un objectif qui passe par un investissement local et des moyens", rappelle, désabusée, Véronique Dubarry, présidente de la MDPH de Paris.

samedi 24 novembre 2012

Pour une psychiatrie au service de la santé publique


Pour une psychiatrie au service de la santé publique, par Jean-Yves Cozic

Le Monde.fr | 

Dans un article paru dans l'édition datée du 10 mars du journal"Le Monde", Pierre Micheletti, médecin, professeur associé à l'Institut d'études politiques de Grenoble et Pierre Murry, praticien hospitalier en psychiatrie et président de la commission médicale d'établissement du centre hospitalier spécialisé Alpes-Isère, dénoncent le caractère inéquitable de l'accès aux soins psychiatriques.
L'on ne peut qu'être d'accord avec eux lorsqu'ils évoquent les perspectives démographiques maintes fois rappelées par les organisations syndicales de psychiatres. Chacun sait maintenant le nombre considérable de postes de praticiens vacants, le recours à des collègues certes actifs et disponibles, mais qui n'ont pas tous eu la chance de suivre le cursus de la spécialité – il faut savoir que bien des postes de praticiens hospitaliers sont occupés non par des psychiatres spécialistes, titulaires du diplôme d'études spécialisées, mais par des médecins issus du cursus de médecine générale. Année après année, le concours de praticien hospitalier en psychiatrie voit ses exigences minorées.
En psychiatrie libérale, l'avenir, du point de vue démographique, n'est guère meilleur lorsque l'on considère l'âge moyen des médecins actuellement en exercice – comme le rappellent les auteurs de l'article précité, 62 % des psychiatres en exercice ont plus de 50 ans.
Il est un secteur que les auteurs semblent oublier ou presque, alors qu'il tient une place importante dans le dispositif de soins français : le secteur médico-social, qui subit une véritable démédicalisation et qui accueille de plus en plus de malades mentaux et handicapés psychiques qui ne trouvent pas leur place dans le secteur sanitaire.
Aucune administration, aucun gouvernement, ne peuvent effectivement rester indifférents à une telle situation. Ajoutons quand même que la situation actuelle n'est pas le fait du hasard ni du nombre de "vocations" – si tant est que ce terme convienne. Elle est le produit de l'impéritie qui a prévalu dans les décennies précédentes quant aux choix en termes de numerus clausus, sans doute, mais surtout quant aux choix politico-administratifs. Sous le manteau impudique de la "Santé mentale", les technocrates ont voulu faire advenir un modèle promu par l'Organisation mondiale de la santé, qui n'est qu'un ersatz de psychiatrie. Certains rapports "commandés" par le politique vont même jusqu'à dénier tout intérêt réel à la psychiatrie libérale, qui ne s'occuperait que des "bleus à l'âme"...
Outre le fait que cela est faux, sur quels critères légitimes s'appuierait-on pour quantifier la souffrance psychique ? De manière également très pertinente, les auteurs demandent"une analyse réelle des besoins des territoires pour faire évoluer la sectorisation sur des bases objectives". Nous approuvons totalement cette demande, d'autant que l'approche comptable – et non point économique – du domaine de la santé ne cesse de répéter l'antienne maintenant éculée de "l'adaptation de l'offre aux besoins" alors que ceux-ci ne sont pas clairement repérés, faute d'une politique de vraie santé publique et d'études épidémiologiques suffisantes.
Notre syndicat a été fondé en 1967 – au lendemain des travaux du célèbre "Livre blanc de la psychiatrie" – à une époque où il s'agissait de construire une psychiatrie autonome – et non plus sous tutelle de la neurologie – et humaniste, sans passer sous les fourches caudines de telle école de pensée ou de tel parti politique.
La psychiatrie est actuellement en crise, comme de nombreux secteurs de la médecine. Elle fait l'objet de bien des attaques et lorsque se produit un drame, il est facile aux thuriféraires du tout sécuritaire de stigmatiser les patients et les soignants.
Une seule perspective nous semble source de possible progrès : une psychiatrie qui soit au service de la santé publique, en renforçant et articulant ses divers modes d'exercice, qui sont véritablement complémentaires : public, médico-social ou libéral. C'est là ce qui fait la richesse du modèle français de soins et de prévention. Loin de nous l'idée de la présenter comme devant demeurer immuable, mais les projets de réorganisation, d'inflexion, doivent considérer avant tout l'amélioration de la qualité des soins, la mise à disposition de la population sur l'ensemble du territoire – et le secteur n'est pas là un vain concept – de professionnels qualifiés. Le récent débat sur les psychothérapies a montré combien certains semblent encore ignorer la spécialité de la formation du médecin psychiatre.
Le Syndicat des psychiatres français, le seul à regrouper depuis sa fondation des praticiens exerçant dans les trois secteurs cités – public, médico-social et libéral – est là pour témoigner qu'aucun des trois champs d'activité ne peut ignorer les deux autres.
Le docteur Jean-Yves Cozic est président du Syndicat des psychiatres français.

LA LOI DU 11 FÉVRIER 2005

SUPPLÉMENT HANDICAPS
LA LOI DU 11 FÉVRIER 2005
Article paru dans l'édition du 18.10.06

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éfinition : la loi s'attache à définir le handicap et inclut, pour la première fois, la notion de handicap psychique : « Constitue un handicap toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant »
(article 2).
Chiffres : 800 000 personnes sont bénéficiaires d'une allocation pour adulte handicapé (AAH), plus de 500 000 d'une pension d'invalidité et 112 400 d'une allocation compensatrice pour tierce personne (ACTP). Environ 100 000 adultes handicapés sont accueillis en établissement médico-social et 110 000 en centre d'aide par le travail (CAT).
370 000 personnes utilisent un fauteuil roulant et 217 000 sont partiellement ou totalement aveugles. Les dépenses publiques consacrées à la politique pour les personnes handicapées s'élevaient à 29 milliards d'euros en 2004.
Maisons départementales des personnes handicapées :
c'est au nom de la simplification administrative et de la prise en compte du « projet de vie » de la personne handicapée que la loi crée une maison dans chaque département. Ces structures, sous tutelle des conseils généraux permettent un « accès unique aux droits et prestations » prévus pour les personnes handicapées et abritent la nouvelle Commission des droits et de l'autonomie.
Nouveau droit : la personne handicapée « a droit à la compensation des conséquences de son handicap quelles que soient l'origine et la nature de sa déficience ou son mode de vie ». C'est l'une des mesures phares de la loi. Pour établir le niveau de compensation, un « plan personnalisé » est élaboré « par une équipe disciplinaire » en fonction « des besoins et des aspirations » de la personne handicapée tels qu'ils sont exprimés dans « son projet de vie ». Cette prestation de compensation, qui n'est pas soumise à des conditions de ressources, peut être affectée à cinq types de charges : les aides humaines ; les aides techniques ; l'aménagement du logement, du véhicule ou les surcoûts liés à son transport ; l'acquisition ou l'entretien de produits liés au handicap ; l'attribution d'aides animalières (chien d'aveugle). A partir de février 2008, cette prestation de compensation sera étendue aux enfants handicapés.
Scolarité : parce que trop d'enfants handicapés restaient sans réponse scolaire, la loi oblige la collectivité nationale à donner une réponse aux familles : « Tout enfant, tout adolescent présentant un handicap ou un trouble invalidant de la santé est inscrit dans l'école la plus proche de son domicile qui constitue son établissement de référence ». La loi prévoit un « parcours de formation » pour chaque enfant, adolescent et adulte handicapé basé sur un « projet personnalisé de scolarisation en favorisant, chaque fois que possible, la formation en milieu scolaire ordinaire ». Les parents doivent être « étroitement associés à la décision d'orientation ».
Emploi : la loi affirme le principe de « non-discrimination » vis-à-vis des personnes handicapées. Comme pour l'école, l'intégration en milieu ordinaire doit être la priorité. Pour l'instant, l'obligation légale - pour les entreprises privées de plus de vingt salariés et pour le secteur public - d'employer un quota de 6 % de personnes handicapées n'a jamais été respectée alors qu'elle est prévue depuis 1987. Pour y parvenir, la loi prévoit des « incitations » pour les employeurs prêts à faire des efforts et des sanctions alourdies pour les autres. Ainsi, les entreprises qui n'emploient aucune personne handicapée verront leur contribution à l'Agefiph (Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées) passer de 500 à 600 smic horaires par an et par bénéficiaire non employé. A l'instar de l'Agefiph, un fonds commun aux trois fonctions publiques (Etat, territoriale, hospitalière) est créé et abondé par les employeurs publics ne respectant pas l'obligation d'emploi de 6 % d'agents handicapés. Le gouvernement considère que la fonction publique doit devenir « exemplaire » dans ce domaine. Ressources supplémentaires : la loi institue une « garantie de ressources » pour les personnes handicapées qui sont dans l'incapacité durable de travailler. Elles peuvent désormais disposer mensuellement de 80 % d'un smic net. Les associations réclamaient 100 % du smic. Aux 587 euros de l'AAH s'ajoutent donc 141 euros.
Accessibilité : reconnaissant que l'accessibilité est une condition primordiale pour permettre aux personnes handicapées d'exercer les actes de la vie quotidienne et de participer à la vie sociale, la loi affiche un principe d'« accessibilité généralisée » quel que soit le handicap. Rendre accessible un bâtiment ne signifie pas seulement installer un plan incliné pour les fauteuils roulants mais de prendre aussi en compte les aveugles, les sourds, etc.
Les établissements recevant du public et les réseaux de transports collectifs ont « un délai de dix ans » pour se mettre en conformité. Toute construction neuve, qu'elle soit privée ou publique, est censée être accessible aux personnes handicapées.
Financement : la nouvelle Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) a pour mission de financer « la prise en charge de la perte d'autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées dans le respect de l'égalité de traitement des personnes concernées sur l'ensemble du territoire ». Grâce à l'argent issu de la « journée de solidarité », la CNSA reverse 500 millions d'euros aux départements pour financer la nouvelle prestation de compensation du handicap. En outre, 218 millions sont consacrés à la création de places supplémentaires dans les établissements pour enfants, pour adultes et en centres d'aide par le travail (CAT) ; 50 millions sont attribués aux travaux de mise aux normes pour rendre accessibles les bâtiments publics et 60 millions sont réservés à la création des maisons départementales du handicap.
Langue des signes : la loi reconnaît la langue des signes « comme une langue à part entière ». Tout élève concerné doit pouvoir recevoir un enseignement de la langue des signes. Elle peut être choisie comme épreuve optionnelle aux examens et concours.
Chien guide : la loi précise que l'accès aux transports, aux lieux publics, ou permettant une activité professionnelle ou formatrice « est autorisé aux chiens guides d'aveugle ou d'assistance ».
La présence de ce chien au côté de la personne handicapée « ne doit pas entraîner de facturation supplémentaire ».
Droit de vote : les bureaux et techniques de vote doivent être accessibles aux personnes handicapées « quel que soit le type de handicap ».
Sensibilisation : l'enseignement d'éducation civique doit comporter, « à l'école primaire et au collège, une formation consacrée à la connaissance et au respect des problèmes des personnes handicapées et à leur intégration dans la société ».
Télévision : la loi indique que les programmes « dont l'audience moyenne annuelle dépasse 2,5 % de l'audience totale des services de télévision » doivent « dans un délai maximum de cinq ans » être accessibles aux personnes sourdes ou malentendantes. Des « dérogations » restent toutefois possibles.
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Les pouvoirs publics sont invités à mieux loger les personnes en souffrance psychique

Les pouvoirs publics sont invités à mieux loger les personnes en souffrance psychique
Article paru dans l'édition du 13.12.05
A Lille, des « résidences associatives » répondent à des besoins que le Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées vient de relever dans un rapport remis lundi

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ernard C., 57 ans, est le plus ancien de la bande. Il a emménagé là, dans cette HLM du quartier de Moulins, à Lille, au milieu des années 1990, après un long séjour en hôpital psychiatrique. Sa maladie ? Bernard C. reste discret sur le sujet. Il indique seulement qu'elle se manifestait déjà à l'époque où il travaillait. Tout cela remonte à loin, vingt ou vingt-cinq ans peut-être. Aujourd'hui, Bernard C. s'est extrait de ce profond trou noir. Il se sent bien dans le vaste appartement qu'il occupe avec deux autres hommes, également atteints de troubles psychiques, et un étudiant. Maxence T., l'un des colocataires, âgé de 34 ans, dit, lui aussi, apprécier cette vie en « communauté ». Elle l'aide à remonter la pente après la dépression qui l'a flanqué à terre il y a quelques mois.
Comme Bernard et Maxence, ils sont quelques dizaines à loger dans un « appartement associatif ». Ce dispositif a été créé sur la zone est de l'agglomération lilloise, grâce au docteur Jean-Luc Roelandt et à l'Association médico-psycho-sociale (AMPS), qui ont mis en synergie toutes les bonnes volontés : élus locaux, travailleurs sociaux, équipe de psychiatrie publique... Deux organismes HLM - Lille métropole habitat (LMH) et SLE Habitat - et quelques bailleurs privés sont impliqués. L'AMPS propose également d'autres formes de logement pour les personnes en souffrance psychique : une « résidence associative et thérapeutique », qui comporte plusieurs studios et un grand appartement hébergeant six malades affectés par des « handicaps profonds », deux autres structures collectives, des familles d'accueil... Cette action vise à promouvoir des « alternatives à l'hospitalisation » au nom d'une « psychiatrie citoyenne » qui s'intègre dans la ville, souligne le docteur Roelandt.
L'accès aux appartements associatifs dépend d'une commission qui réunit une multitude de « partenaires » : bailleurs sociaux, associations tutélaires, soignants, représentants des familles et des usagers... Depuis la création de cette instance de décision, en 1998, quelque 150 logements, disséminés dans le tissu urbain, ont été mis à disposition.
Ce système est plutôt bien accepté par le voisinage. « Les gens se montrent compréhensifs », rapporte Lyliane Frisicale, chargée du partenariat associatif et institutionnel à LMH. « Les plaintes de riverains sont rares », renchérit Danièle Duvieilbourg, responsable du développement social au sein de SLH Habitat. Quant à l'agence immobilière qui gère les biens de propriétaires privés, elle n'a été confrontée qu'à un seul locataire difficile. « Mais l'AMPS a très vite réagi, raconte Jean-Luc Chuine, l'ancien responsable de l'agence. En un mois, le problème a été résolu. »
Seule anicroche peut-être : l'entretien. Certains occupants peinent à « s'approprier » les lieux, observe Mme Frisicale. « Ils laissent les fenêtres ou les volets fermés, par exemple, et n'aèrent jamais les pièces, ce qui, à la longue, crée des problèmes d'humidité », mentionne-t-elle.
« CAGES DORÉES »
Les appartements associatifs constituent un « progrès immense », commente Claude Ethuin, président de Nord-Mentalités, une association « d'usagers et d'anciens usagers des services de soins en santé mentale ». Mais ils ne doivent pas se transformer en « cages dorées », prévient-il. Or les personnes prises en charge sont parfois tellement encadrées qu'elles risquent d'être prisonnières d'une forme d '« assistanat ». Un peu comme si l'hôpital n'avait fait que se déplacer « à domicile », déclare Claude P., secrétaire de Nord-Mentalités. En outre, il arrive que les problèmes d'isolement perdurent, faute de vie collective dans l'appartement. Plusieurs malades peuvent, en effet, très bien cohabiter sous le même toit et n'entretenir que des relations a minima. « Ils restent dans leurs chambres, décrit M. Ethuin. Les pièces communes ne sont pas utilisées. »
Il n'empêche : ce dispositif répond à une problématique « majeure », selon la formule employée par le Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées dans le rapport qu'il devait remettre, lundi 12 décembre, au président de la République, Jacques Chirac.
La plupart des associations de lutte contre l'exclusion doivent, en effet, faire face à des « personnes en souffrance psychique » qui ont besoin d'une « prise en charge adaptée ». Ces structures se sentent souvent « dépassées » par une tâche pour laquelle elles ne sont pas préparées. Les organismes HLM et les foyers de travailleurs migrants se disent, eux aussi, démunis face à un phénomène qui va crescendo.
Dans la sphère médicale, les professionnels insistent sur la « difficulté à faire sortir d'hospitalisation des malades », d'après le Haut Comité. Quelque 13 000 personnes sont hospitalisées depuis au moins un an, alors même que nombre d'entre elles « sont suffisamment autonomes pour être traitées à domicile ». A l'inverse, d'autres malades sont à la rue ou logés de façon précaire, si bien qu'ils ne peuvent pas se soigner.
Maisons d'accueil spécialisées, foyers médicalisés, appartements « de coordination thérapeutique », logements associatifs... Des outils existent, reconnaît le Haut Comité, mais en nombre « insuffisant ». En outre, le développement de certaines structures collectives est bloqué par une « mesure administrative », qui proscrit des « projets sociaux » pour l'accueil « de telle ou telle catégorie spécifique de population ».
Le Haut Comité plaide pour une meilleure prise en compte des besoins des « handicapés psychiques » dans les politiques de l'habitat. Il souhaite également que les acteurs de la santé mentale, de l'action sociale et du logement se concertent plus étroitement à travers une « conférence territoriale annuelle ».
Bertrand Bissuel

Le « droit à compensation » du handicap examiné à l'Assemblée nationale

Le « droit à compensation » du handicap examiné à l'Assemblée nationale
Article paru dans l'édition du 02.06.04
Pour les associations, le projet manque de « souffle »

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ENSÉ mettre fin à la discrimination liée au handicap - l'un des trois grands chantiers du quinquennat de Jacques Chirac - le projet de loi « pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » devait être examiné, à partir du mardi 1er juin, par l'Assemblée nationale, après avoir été voté au Sénat en février. L'une des grandes nouveautés de ce texte, qui devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2005, est d'instituer un « droit à compensation » sous la forme d'une prestation individualisée prenant en charge les dépenses liées directement au handicap (équipements, aide humaine) afin de « garantir une vie autonome digne » à chaque personne handicapée ( Le Monde du 29 janvier).
Initialement, le gouvernement avait prévu de conditionner le versement de cette prestation à des critères d'âge et de ressources. Le combat des associations d'aide aux personnes handicapées en faveur d'une prestation « universelle » semble avoir porté ses fruits. Après l'élargissement proposé par les sénateurs fin février, les députés ont adopté, mercredi 12 mai, lors de l'examen du projet de loi en commission, plusieurs amendements qui étendent considérablement le champ d'application du droit à compensation : suppression des conditions d'âge et de ressources et possibilité d'octroyer la prestation en espèces, et pas seulement en nature, afin que son bénéficiaire « ait plus de latitude pour l'utiliser comme il l'entend », explique le rapporteur du texte, Jean-François Chossy (UMP, Loire).
Reste que cette initiative, tout comme celle prévoyant d'abaisser à 5,5 % la TVA sur les aides techniques (fauteuils roulants...), pourrait se heurter à l'application de l'article 40 de la Constitution, qui interdit aux parlementaires d'aggraver la charge publique, sauf accord du gouvernement. M. Chossy se dit lui-même « assez contrit » par ce problème, soulignant que cette menace est agitée « à chaque ligne » alors que le texte devrait être financé « par une nouvelle donne », la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), elle-même alimentée par le produit de la suppression d'un jour férié.
L'Assemblée nationale devrait également compléter la définition du handicap prévu dans l'article 1er de la loi - altération d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales ou psychiques - en y ajoutant l'altération des fonctions cognitives (traumatisme crânien, autisme) et le polyhandicap.
Le texte propose, en outre, une série de mesures pour simplifier les démarches administratives des personnes handicapées et de leur famille (création de maisons départementales gérées par les conseils généraux) et faciliter l'intégration scolaire, professionnelle ainsi que l'accessibilité aux bâtiments et aux transports. Afin que toutes ces bonnes intentions - qui renvoient à un grand nombre de décrets - ne restent pas lettre morte, la commission de l'Assemblée nationale présentera un amendement obligeant les pouvoirs publics à publier les textes réglementaires d'application dans un délai de six mois après la promulgation de la loi.
« PLUS DE CHARITÉ SOCIALE »
La gauche, ainsi que la plupart des associations de handicapés, dont certaines devaient manifester mardi 1er juin à Paris, se disent insatisfaites et parlent d'une loi manquant « de souffle et d'ambition » alors qu'elle est présentée par le gouvernement comme le plus grand chantier législatif sur le handicap depuis la loi fondatrice de 1975. Les associations dénoncent notamment l'absence de garantie d' « un revenu d'existence égal au SMIC » pour les personnes handicapées qui ne peuvent pas travailler. Actuellement, l'allocation adultes handicapés (AAH) s'élève à 587,74 euros par mois.
Elles craignent également que la notion retenue d' « accès de tout à tous » se retrouve malmenée par les dérogations accordées pour la mise en conformité des bâtiments et des transports en commun. « Nous ne voulons plus de charité sociale , résume Laurence Tiennot-Herment, présidente de l'Association française contre les myopathies (AFM), mais une vraie loi de programmation pour une vraie citoyenneté. »
Sandrine Blanchard